Sur les 11 millions dhabitants qui peuplent le Tchad, 4 489 985 sont des femmes rurales. Au quotidien, les femmes rurales sont les piliers de la production agricole et de la sécurité alimentaire. Pourtant elles subissent de nombreuses inégalités, et leur voix n’est que trop rarement entendue. Tel est le résultat d’une étude de Oxfam en collaboration avec les associations féminines du Tchad.

Au Tchad, comme dans les autres pays du continent, les femmes rurales, qui constituent environ 40 % de la population totale, travaillent plus que les hommes ruraux. Elles effectuent un nombre plus important de travaux productifs sur l’ensemble d’une filière, ce qui allonge leur temps de travail. Généralement, le rôle des hommes est de labourer les terres, tandis que les femmes effectuent le reste du travail : au niveau de la production (semis, repiquage, récolte, le maraîchage, etc.), mais aussi au niveau de la transformation (tri, vannage, décorticage, pilage, etc.).

« Nous les femmes rurales tchadiennes, nous passons beaucoup plus de temps à travailler que les hommes. Nous travaillons au champ, et en plus nous nous occupons toutes seules de la maison et des enfants (préparer les repas, puiser de l’eau, ramasser du bois, faire le ménage, laver les enfants, etc.) », explique Hélène, une femme rurale de la région du Logone oriental.

Ces femmes dédient 63 heures en moyenne par semaine aux travaux domestiques. « Certaines femmes travaillent deux fois plus, car en plus d’aider à cultiver le champ de leur mari, elles ont aussi leur propre parcelle à cultiver. Etre propriétaire c’est normalement un facteur d’autonomisation pour permettre de ne plus dépendre des hommes pour la nourriture et les besoins de base du foyer. Mais en réalité c’est épuisant ! En période de récolte, certaines sont obligées d’amener leurs enfants au champ, et parfois de passer plus d’une semaine à travailler sans rentrer à la maison.

L’homme rural tchadien travaille moins

L’homme rural tchadien a une vie beaucoup moins pénible: il cultive son champ avec l’aide de sa femme, et ensuite il peut se distraire et se reposer comme il le souhaite. Dans nos traditions, les hommes ne participent pas aux tâches domestiques. Chaque matin des millions de femmes rurales tchadiennes se lèvent pour accomplir toutes seules un travail immense et pénible. Que cela soit au niveau agricole ou domestique, la femme rurale travaille plus que n’importe qui au Tchad. Et pourtant chaque soir elle se couche épuisée sans aucune reconnaissance. Il est urgent que cela change.

La femme rurale plus exposée lors d’une crise alimentaire

Avec son climat sahélien, le Tchad est régulièrement affecté par des crises alimentaires liées aux inondations ou à la sécheresse. La dernière crise alimentaire de 2012 a touché 3,6 millions de Tchadiens. Les femmes sont particulièrement vulnérables aux crises alimentaires. « Très souvent, la femme rurale est obligée de sacrifier sa propre alimentation pour pouvoir nourrir sa famille, et cela même si elle est enceinte ou allaitante, y compris en période de crise. D’ailleurs dans de nombreuses communautés du Tchad, la culture exige que l’homme soit le premier servi, avant les enfants, et avant la femme. Il est difficile pour nous femmes rurales d’échapper au poids de ces traditions, car même en cas de crise alimentaire servir le repas aux enfants avant le mari , c’est prendre le risque de créer un scandale dans la famille et le village, et surtout de voir son mari prendre une autre épouse», dit Zenaba

Difficile accès à la propriété foncière

Bien qu’aucune statistique spécifique n’existe concernant les femmes rurales tchadiennes, les chiffres au niveau international démontrent que les femmes ont généralement un accès très limité à la propriété foncière et au crédit. Dans le monde elles ne représentent que 20 % des propriétaires fonciers, et en Afrique subsaharienne, elles détiennent moins de 10 % du crédit destiné aux petits exploitants agricoles. La capacité d’accéder à la propriété pour les femmes rurales est souvent limitée par leurs faibles revenus : leurs lourdes responsabilités familiales et domestiques leur laissent très peu de temps à consacrer à des activités génératrices de revenus ; et ce sont généralement les hommes qui sont chargés des activités les plus lucratives. Le faible accès au crédit constitue également un des facteurs qui limite l’accès à la propriété pour les femmes rurales. Il a également pour conséquence de limiter leur accès aux moyens de production (engrais intrants semences outils, etc.) En outre, dans certaines communautés du Tchad, les croyances traditionnelles persistent, et empêchent la femme de pouvoir hériter de la terre. « Nous les femmes rurales tchadiennes nous avons peu accès à la terre et au crédit. Dans ces conditions, il est difficile pour une femme rurale tchadienne de devenir propriétaire. J’ai entendu dire qu’au sud du pays, il y a même un adage traditionnel qui dit que « La femme est une feuille morte que le vent peut emporter. En dautres termes, on ne doit pas donner de la terre à une femme, car elle pourrait se marier et partir », confie Haoua.

une cultivatrice du Guéra(photo OXFAM)
Une cultivatrice du Guéra
(photo Oxfam)

« Parfois quand certaines femmes arrivent à s’acheter un petit terrain de quelques hectares, les maris profitent de l’absence de leur femme pour aller voir le chef de canton et faire inscrire leur nom sur l’acte de propriété. C’est du vol ! D’autant plus qu’avec nos faibles revenus que nous consacrons à nourrir la famille, il nous est difficile de pouvoir réunir assez d’argent pour acheter une terre », poursuit-elle.

« Après la mort de leur mari, les femmes rurales veuves sont parfois chassées de la concession par leurs propres fils ou ceux de la coépouse de leur défunt mari, qui veulent récupérer la propriété pour leur usage exclusif. Ce sont des situations très difficiles qui font que ces pauvres femmes n’ont même plus un endroit où dormir », affirme Arramla Oumar du Guéra.