Commémoration d’une longue lutte des femmes pour leur liberté et leurs droits, la journée internationale de la femme perd de plus en plus son sens premier au profit du folklore. Les réels problèmes des femmes sont mis de côté et l’on ne voit que le pagne et les festivités. Pourtant, la journée de la Femme, plus que du folklore, est un réel combat à poursuivre. Quelques Mondoblogueuses se prononcent sur le sujet.

Chantal Faida Goma, RDC : http://chantalfaida.mondoblog.org/caric JIF

Equité des droits, gage de l’émergence de la nation congolaise. Dis-moi quelle considération tu donnes à la femme, je te dirais quel genre d’Etat tu es. Parmi les indices de développement d’un pays, l’égalité entre hommes et femmes figure au premier plan. Au Congo, les inégalités entre sexes sont légion. C’est donc une poisse que de naître femme dans ce pays au centre de l’Afrique. Entre autres raisons majeures, citons-en 4.

 1. L’insécurité permanente. Les deux décennies de guerre en RDC n’ont pas fait que des morts et des milliers de sans-abris. Un nombre considérable de femmes ont subi des viols inhumains, dégradants et odieux commis pour la plupart des cas par des hommes en uniformes, groupes rebelles étrangers et même par des civils. Les chiffres parlent de plus de cinq cent mille survivantes de violences sexuelles depuis 1994. Conséquences : dignité bafouée, rejet dans la société, grossesses non désirées, fistules vaginales et maladies endémiques incurables à l’instar du VIH. Des organisations nationales et internationales humanitaires s’évertuent à leur porter assistance par un encadrement juridique, psychologie et socio-économique. On peut bien panser une plaie, mais la cicatrice demeure, a-t-on coutume de dire en Afrique. Et donc ces femmes attendent que justice soit rendue et émettent le vœu de voir le Congo pacifié définitivement. La femme c’est le pilier et symbole de la société. «Ensemble contre la guerre et les violences faites aux femmes et aux filles, en consolidant la paix pour le développement », tel est le thème retenu pour la journée du 8 mars 2014.

2. Les lois rétrogrades encore d’usage. Le code de la famille est obsolète, ce qui influe sur toute initiative féminine. La femme mariée doit avoir préalablement l’autorisation maritale pour accéder à un emploi rémunérateur. Et certains hommes « imprévisibles » vont jusqu’à refuser l’ouverture d’un compte bancaire et/ou l’accès à un crédit de leur femme sans leur aval. Ceci explique le faible pouvoir économique des femmes en RDC.

3. Manque de mise en œuvre de quelques textes promouvant la femme. Le Congo est reconnu comme le cimetière des beaux textes. L’article 14 qui consacre la parité existe dans la Constitution, mais la loi organique précisant les modalités de son application n’a jamais été promulguée. Pas plus de 10% de femmes sont présentes dans les institutions congolaises depuis les échéances électorales de 2011. De toutes les 11 provinces que compte la RDC, il n y a aucune femme gouverneure. Peu de femmes occupent les postes de directrice d’entreprises publiques, de maire de ville, bourgmestre de commune et/ou chef de quartier. La volonté politique doit être de mise si on veut équilibrer les postes de prise de décision, surtout quand il s’agit des cooptations ou de nominations. A ce niveau, les femmes devraient être promues, car les autorités nomment selon les compétences avérées (les hommes n’ont pas le monopole du savoir, d’autant plus qu’il existe des femmes instruites, mais sans fonction).

4. Les pesanteurs culturelles. Il est de ces tribus au Congo, où la femme ne peut prendre la parole en public ou décider du choix de son conjoint. Ces coutumes qui encouragent la discrimination alors que la femme est une ressource précieuse du pays. Les mariages précoces et forcés sont encore sont une pratique courante dans plusieurs parties du pays. Ce qui est à la base de la faible scolarisation des femmes. Or l’éducation est le moteur du développement de toute nation. A ce jour où on célèbre la journée internationale de la femme, femmes et hommes d’ici et d’ailleurs unissons nos efforts pour éliminer les inégalités entre sexes. C’est le gage de l’émergence. Les pays dans lesquels les femmes sont traitées dignement, leurs luttes pour l’intégration politique sont entendues, leurs talents d’éducatrice de la société sont valorisés. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que ces pays jouissent d’une meilleure croissance économique. « Femmes, c’est vous qui tenez entre vos mains le salut du monde », Léon Tolstoï.

Comme pour compléter ce que dit Chantal sur la situation de la femme en RDC, Réndodjo elle, plaide pour les femmes rurales du Tchad. Elles semblent être les oubliées du R/V des femmes.

Réndodjo Em-A Moundona :  http://rendodjo.mondoblog.org

Depuis l´instauration de la Semaine nationale de la femme (Senafet) il y´a 25 ans, je peux dire que les éditions se succèdent les unes les autres et se ressemblent toutes sans un grand apport à la femme rurale. Or la femme tchadienne, c´est aussi celle qui est en milieu rural. Cette «femme qui se lève à 4 heures du matin, qui doit faire 15 km pour aller chercher une eau saumâtre, polluée, dangereuse pour elle et ses enfants, qui s’occupe ensuite de la cuisine pour un homme qui dort encore, qui lève ses enfants, les nourrit, qui part aux champs partager les travaux des paysans et cultiver en plus son lopin personnel, qui la nuit venue, veille à tout ranger, rentre le bétail, prend toutes les responsabilités, cette femme-là, a 30 ou 35 ans est devenue une loque, un véritable « chiffon „»Thomas Sankara.  Nous avons donc toutes des mères, des épouses, des sœurs qui vivent dans ces conditions. Comment les en sortir? Ne faudrait-il pas leur trouver un cadre idéal pour leur épanouissement ? La véritable bataille de la femme tchadienne pour son développement et sa participation effective aux prises de décisions nationales commence par l’éducation de la jeune fille qui est au sein des débats pour cette Semaine nationale de la femme tchadienne. Il y actuellement dans les écoles primaires environ 850 000 filles soit 42 % du taux des élèves. Ce chiffre va décroissant quand le niveau d´études s´élève. Par ailleurs le Tchad compte 5 000 enseignantes sur un effectif de 31 000 soit 16 %. Cette année, le thème de la Senafet  était : «Réduire la mortalité maternelle et infantile, promouvoir l’entreprenariat féminin : credo de la renaissance», je me dis qu´il serait un cadeau merveilleux que de penser d´envoyer à l’école ces femmes rurales qui n´ont un taux d’accouchements assistés de 3% . On ferait d´une pierre deux coups : des femmes instruites qui peuvent planifier les naissances et se rendre dans un centre de santé lorsqu´elles sont enceintes.

Au-delà de la situation que les femmes subissent, il faut rappeler que beaucoup de femmes ne se battent plus pour leurs droits. Elles préfèrent subir, le laisser-faire  et le laisser-passer. Ce qui les rend complices de leurs souffrances. Ce sont les points de vue de Josiane du Cameroun et Rose du Tchad.

Josiane Kouagheu : http://josianekouagheu.mondoblog.org

Femme, vas-tu encore soulever ton Kaba ? On célèbre la femme dans le monde en ce 8 mars. On célèbre celle – là qui nous donne la vie. La mère de l’humanité. On la célèbre aussi au Cameroun. Mais, j’ai une inquiétude cette année encore. Encore, seront tentés de dire certains ! Oui, je me pose toujours cette question : doit-elle seulement soulever son kaba ? Moi je veux bien dire non ! Mais, ai-je des preuves ? Non je ne pense pas. Dans les devantures des salons de couture, j’ai vu des kaba dans tous leurs modèles, aux couleurs de la journée internationale de la femme 2014. Et la réalité m’a frappée comme un couperet. J’avais cru qu’il en serait autrement cette année. Hélas ! Et le cri de cette fillette de 2 ans violée ? J’avais cru que cette petite fille de 2 ans, avait des chances d’être écoutée. Que son crime allait interpeller ces femmes prêtes à tout pour, prêtes à divorcer, si le mari et partenaire ne les achetaient pas ce fameux pagne du 8 mars. Cette petite fille avait été violée par son père. Un homme de près de 41 ans. Elle n’est pas la seule d’ailleurs. Elles sont nombreuses ces petites filles violées au Cameroun. J’avais cru que vous alliez vous mobiliser ! Et ces enfants sans véritable repas ? J’avais cru que cette malnutrition infantile qui menace le Cameroun tout entier allait vous interpeller. Trop optimiste ? J’avais cru que ces milliers d’enfants sans repas décent, sans repas normal, sans repas équilibré, allaient vous empêcher de soulever ce fameux kaba. Ce sont vos fils et filles pourtant ! Et vos sœurs battues ? Et vos sœurs qui meurent en donnant vie ? J’avais cru que le cas de cette jeune fille de 20 ans, morte en donnant naissance à ses deux enfants, allait vous obliger à oublier le côté festif de cette fête. Elles sont des milliers et des milliers à mourir chaque année en donnant la vie à leurs enfants. Elles paient un prix que vous auriez pu éviter. J’avais cru que vous alliez vous concerter, vous rassembler, pour dénoncer ces injustices. Comment ? En vous battant. En vous mobilisant ce 8 mars. J’avais cru que vous alliez oublier les bars, la boisson, le côté festif de cette fête de 24 heures pour penser à vos vrais problèmes. Hélas. Femme camerounaise, pourquoi soulever le Kaba ? Kaba : robe ample que portent les femmes camerounaises

Rose Roassim : http://tchadmeilleur.mondoblog.org

La journée internationale de la femme est une tribune qui doit réunir les femmes de toutes les corporations afin de débattre de leurs problèmes et d’y chercher des solutions adéquates. Cette année, le thème de la Semaine nationale de la femme tchadienne est axé sur la lutte contre la mortalité maternelle, les violences faites aux femmes et la promotion de l’entreprenariat féminin. Ce sont des questions cruciales à l’épanouissement de la femme tchadienne.

Mais comment la femme tchadienne appréhende-t-elle la journée de la femme ?

C’est à ce niveau que se pose un problème. La plupart des femmes s’arrêtent à la dimension festive de la journée de la femme. Habits, soirées récréatives et autres activités folkloriques. Pourtant, il y a un réel manque à gagner si les femmes peuvent se mettre ensemble et discuter de ce thème très d’actualité au Tchad.

 En effet, beaucoup de femmes meurent lors de leur accouchement à cause de manquements divers. Certaines femmes refusent d’aller consulter pendant leur grossesse, ce qui augmente le risque de complications lors de l’accouchement. Ce qui place le Tchad parmi les trois derniers pays qui ont un taux de mortalité maternel très élevé (1 200 décès sur  100 000 naissances). D’autres, bien que suivies régulièrement, perdent la vie sur la table de l’accouchement à cause de la négligence de certaines sages-femmes. Certaines femmes ne viennent pas à l’hôpital parce que leur mari ne le veut. Elles acceptent de subir au point d’en mourir plutôt que de s’opposer à leur mari. Une des raisons qui m’amène à accuser les femmes de ne rien faire pour sortir de ce lot de souffrances dans lesquelles elles vivent. Les hommes disent souvent en rigolant que les femmes préfèrent qu’on les maltraite. Les femmes, par leur comportement, font croire qu’elles acceptent les souffrances et les humiliations parce qu’elles sont femmes. Vraiment déplorable !

Aussi, beaucoup de femmes ayant un statut social un peu plus élevé que d’autres usent de leur pouvoir pour rabaisser les autres. Elles font tout leur possible pour empêcher d’autres femmes de s’épanouir. Ce qui crée un climat malsain au sein de la plupart des organisations féminines. Encore un manque à gagner pour le développement de la femme. Lors de la journée de la femme, la femme rurale, celle qui mérite plus d’attention est souvent oubliée ou marginalisée. C’est l’exemple du prix de pagne qui n’est pas du tout à la bourse de la femme rurale. Avec 10 000 elle pourrait avoir deux étoffes, et utiliser cet argent pour le prix d’un pagne, c’est hors de prix pour elle.

Je pense que les femmes doivent laisser le folklore qu’il y a autour de la journée de la femme pour s’investir dans le développement. Elles doivent s’assoir pour discuter sérieusement de leurs problèmes, qui, pour la plupart de temps, émanent de leur façon d’être ou de faire.

Si les femmes ne veulent plus se battre pour avoir de meilleures conditions de vie, de travail, d’éducation ou de santé, ce ne sont pas les hommes qui vont le faire pour elles.

Femmes, debout et à l’ouvrage, diraient les Tchadiens !