Ce sont les vacances scolaires. Et ils sont nombreux à affronter les rues de la capitale jusque tard la nuit pour vendre de petits articles afin de subvenir aux besoins de leurs familles. Ce, malgré les dangers de la vie nocturne. Les plus jeunes ont 8 ans. Mais pour leurs proches, ils sont des héros.

Armés de Kleenex, cigarettes, colas et bonbon, d’autres, de livres, journaux et consorts, 6 petits garçons entrent dans un restaurant situé dans le 7eme arrondissement et se dispersent dans les allées. Le plus jeune se tient immobile, un plateau d’œufs surmonté d’un petit lot de kleenex aux bras, devant une table autour de laquelle sont assis 4 clients. Deux minutes plus tard, une dame cède devant le regard implorant de l’enfant et achète un œuf. Peu de temps après, celui qui semble être l’ainé des 6, donne le signal de départ d’un mouvement de la tête. Il est 21 heures. C’est la descente.
Ils viennent principalement des quartiers périphériques, notamment des communes du 7eme arrondissement et du 9eme arrondissement. Dès 8 heures du matin, ils convergent vers le centre ville avant de redescendre dans les quartiers populaires. Tels de petits guerriers, à pieds, ils affrontent poussière, chaleur, les humeurs des clients et la frustration des « professionnels » sur des dizaines de kilomètres. Serge, âgé de 17 ans et en classe de première scientifique, habite le quartier Walia. Il explique : « ce sont les vacances, rester les bras croisés ne peut en aucun cas nous arranger. Nous avons besoin de crédit pour communiquer, de nous habiller et de préparer la rentrée prochaine ».
Les raisons d’un travail précoce
D’après Djingamnodji Dane, ouvrier, la principale raison et d’ailleurs la « plus louable » qui pousse ces enfants vers le petit commerce est celle de « contribuer à la survie de leurs familles ». «Il est connu de tous que la plupart de ces enfants viennent des milieux défavorisés. Leurs parents sont très pauvres. Sinon, comment comprendre que des parents acceptent de laisser leurs enfants trainer tard, s’exposant ainsi à l’insécurité et aux abus ? », explique l’ouvrier. Selon, Jean-Bertrand, agent de la Fonction publique, « c’est une exploitation nécessaire parce qu’elle pallie la situation très précaire de ces familles». D’où leur vient leur fonds de départ ? « De leur tirelire. Souvent des économies d’argent de poche », répond un habitant du quartier Ndjari. Denembaye, ménagère, nous parle de son petit « héros » : « grâce aux recettes de mon fils Mbai, je vends des légumes et autres condiments de cuisine devant chez moi. Au départ, un de ses cousins, vendeur ambulant lui a demandé de l’aider à porter ses marchandises lors de ses tournées en ville. Nous vivions alors très misérablement. Satisfait du travail de Mbai, son cousin lui a octroyé un capital avec lequel il tourne seul depuis lors ». Mbai, la quinzaine, possède aujourd’hui une cabine géré par son petit frère de 12 ans. Lui n’a pas fini d’arpenter les rues de la capitale.
Concurrence frustrante pour les « professionnels »
Si les petits métiers permettent aux élèves d’occuper leurs vacances et de joindre les deux bouts, la situation est plutôt frustrante pour les personnes qui l’exercent à plein temps. Pour ces « professionnels », les « enfants d’école » saturent le marché. « Faites un tour dans les stations de motos -taxi, vous remarquerez que nous sommes en surnombre. Il est difficile en cette période de faire de bonnes recettes parce que les élèves nous envahissent », s’insurge Abakar, « clandoman » en poste sur le site de l’ancien marché de Dembé. Même constat au rond du 10 octobre. Milalmem qui tient une table de vente de liqueurs, d’œufs et de fruits nous dit en lorgnant les 3 trois tables voisines qu’elle était la seule commerçante à cet endroit pendant l’année scolaire.
Et les révisions ?
« Ce n’est pas évident d’avoir le temps de réviser lorsqu’on sort de la maison à 8 heures pour rentrer à 22 heures. Nous marchons beaucoup et longtemps, cela nous fatigue forcement »,

enfant, vendeur ambulant
enfant, vendeur ambulant

affirme Mbodou, vendeur de livres. « Les activités de commerce que font les élèves compromettent leur capacités d’assimilation des cours. Certains d’entre eux sont totalement absorbés par la recherche du gain qu’ils finissent par faire de l’école une activité secondaire. C’est l’une des raisons pour lesquelles les résultats sont meilleurs dans les écoles privées. Les écoles publiques regorgent en majorité d élèves issus des milieux pauvres et qui sont obligés de travailler de leurs propres mains pour vivre», explique Abel As-set, enseignant.
Il est certes important que l’enfant connaisse le travail et ses vertus. C’est une autre forme d’éducation. Mais les uns et les autres s’accordent à dire qu’une activité commerciale régulière peut aussi compromettre son éducation scolaire. Par conséquent, la pauvreté est-elle une raison suffisante pour les parents de prendre le risque d’envoyer leurs enfants, même les plus petits, dans les rues jusque tard la nuit ? «Mais, la pauvreté, elle-même, est un risque !» répond Josué, père de famille.