Communiqué du Comité international pour le jugement équitable d’Hissein Habré (CIJEHH)

Victime de Habré lors de l'attente du verdict. (Ph.DR)
Victimes de Habré lors de l’attente du verdict. (Ph.DR)

Pour la première fois, des femmes forcées de servir d’esclaves sexuelles s’expriment sur leurs douloureuses expériences devant un tribunal spécial africain à Dakar. Le camp Habré les traite de « prostituées » et de « nymphomanes »

Durant le régime Habré au Tchad, une vingtaine de femmes ont été déportées, entre 1985 et 1988, dans le désert au nord du Tchad. Elles ont été conduites dans des conditions particulièrement difficiles à Kalaït et à Ouadi-Doum. A Ouadi-Doum, ces femmes, complètement isolées sur une base militaire étaient forcées d’effectuer des travaux domestiques pour le compte des militaires durant la journée et le soir servaient d’esclaves sexuelles.

Leur déportation et les crimes dont elles faisaient l’objet ont été planifiés. Un document signé conjointement par le directeur de la DDS et le « comchef » adjoint des Forces armées nationales tchadiennes du 23 mars 1985 a autorisé le transfert des femmes à Kalaït. Aussi, une archive de 1988 de la DDS parle du « transfert de 9 détenues féminines » vers la base militaire de Ouadi-Doum.

Quatre de ces femmes ont témoigné cette semaine au procès Habré.

La première à témoigner était Khadidja Hassane Zidane. Elle a raconté sa déportation à Ouadi-Doum où les soldats se servaient à tour de rôle des femmes comme esclaves sexuelles. Elle a également révélé de précieux détails encore inconnus, mais elle avait toujours dit qu’elle « parlerait une fois en face de Hissène Habré ». Elle a expliqué qu’« on [leur] administrait des médicaments pour ne pas avoir de bébé ». Avant d’être envoyée dans le désert, Khadidja Hassane Zidane a été violée quatre fois par Hissein Habré. L’ancien président l’a également poignardé avec un stylo dans les parties génitales.

Ensuite, la cour a entendu le témoignage de Khaltouma Defallah, une ancienne hôtesse de l’air, arrêtée sur le tarmac de l’aéroport sur la base de son appartenance ethnique hadjerai. Après son emprisonnement à Ndjamena, dont une semaine avec Khadidja Hassane Zidane, elle a également été envoyée dans le désert à Ouadi-Doum. Au moment où son histoire a été connue à l’étranger grâce à un article du magazine Africa qui s’était intéressé à sa disparition, un avion militaire Transall a été envoyé dans le désert pour la ramener à Ndjamena. Lors de son audition, Khaltouma Deffalah a confirmé que, lors de leur détention conjointe à Ndjamena, Khadidja Hassane Zidane lui a confié avoir été violée par Habré.

Haoua Brahim, également déportée à Ouadi-Doum à l’âge de 14 ans, a témoigné le 21 octobre. Haoua Brahim a été prise en otage alors que des agents de la DDS étaient venus chercher sa mère, Mabrouka Houni Rahil. Après une tentative de suicide de la jeune femme, sa mère s’est rendue au commissariat pour s’enquérir de son état. Elles ont alors toutes deux été détenues puis envoyées à Ouadi-Doum.

En mars 1988, Haoua Brahim et Mabrouka Houni Rahil ont été les « prisonnières du mois » d’Amnesty International. Un appel d’Amnesty, déposé au procès, demandait aux membres d’Amnesty International d’envoyer des demandes de libération directement au président Hissein Habré. Haoua Brahim a présenté à la Cour dakaroise plusieurs cartes postales envoyées par ces membres d’Amnesty au président Habré pour demander sa libération.

A suivi le 21 octobre le témoignage de Hadje Mérami Ali, emprisonnée pendant deux ans avec d’autres femmes, dont sa propre fille, dans une prison de la capitale. La mère et la fille ont aussi toutes deux été déportées à Ouadi-Doum.

Avant leur libération, toutes les quatre ont dû prêter serment sur le Coran de ne jamais raconter tout cela. Mais il faut saluer le courage de ces femmes qui ont témoigné devant la Cour et les caméras de télévision sur des crimes porteurs de lourds stigmates. Se retournant vers Habré, Khatoulma Defallah a d’ailleurs exprimé sa fierté « d’être ici aujourd’hui et de raconter [s]on histoire alors que cet homme, jadis un dictateur, est assis ici en silence. »

Face à ces révélations douloureuses, le camp de Hissein Habré n’a pas tardé à montrer sa vraie nature. Selon le site officiel de l’ancien dictateur, Hadje Mérami Ali serait une « prostituée », Khadidja Hassane Zidane une « prostituée nymphomane », et la mère de Haoua Brahim une agente libyenne – comme si cela aurait pu justifier leur esclavage. Déjà la semaine passée, il a traité la victime Fatime Hachim de « salope complètement cinglée ». Mais heureusement, nous ne sommes plus dans le Tchad du tout-puissant Hissein Habré, mais devant une cour de justice, et vous, M. Habré, êtes en train de répondre de vos actes.