Au Tchad, l’instruction de la femme demeure un souci majeur dans l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement. Malgré les progrès constatés dans la lutte contre l’analphabétisme, beaucoup de femmes ne finissent pas leur cycle primaire. Diagnostic d’un système d’éducation boiteux qui défavorise le maintien de la femme à l’école.

La scolarisation de la fille. Voilà un problème qui trouve très lentement une solution au Tchad. D’après le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le taux brut de scolarisation au Tchad est de 36,5 %, ce qui classe le Tchad parmi les pays les  moins avancés dans le domaine de l’éducation (163e au classement établi par l’Unesco ( (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) en 2010. En dépit de ce taux alarmant, le nombre des filles ne représente pas le 10 % du nombre général des élèves inscrits dans un établissement. Une situation qui découle de plusieurs facteurs.

Pesanteurs socialex néfastes à l’instruction de la fille.

En effet, l’éducation familiale au Tchad incite la femme à s’investir plus dans l’apprentissage des travaux domestiques que dans son instruction. La petite fille s’entend dire que même si elle ne réussit pas à l’école et qu’elle est une bonne femme, elle trouvera un mari pour l’entretenir. D’ores et déjà, la fille est préparée à ne pas poursuivre les études.

Ainsi, le matin, alors que les autres enfants se préparent à aller à l’école, la jeune fille doit d’abord balayer, curer les marmites, puiser de l’eau, préparer le petit déjeuner de la famille. Elle a à peine le temps de laver son visage et d’attraper son sac pour aller à l’école. Ce qui ne lui laisse pas le temps de réviser ses cours. « Nous sommes responsables du faible taux de réussite des filles », dit Rachel, institutrice dans un établissement de la ville de Ndjamena. « Nous donnons tout le temps nécessaire aux jeunes garçons pour s’adonner aux études, mais nous étouffons les filles dans les travaux de ménage », poursuit-elle. Pour cette institutrice, les parents doivent accorder de l’intérêt à l’instruction de leur fille au même degré qu’à celui du garçon. « Tous deux peuvent et doivent aller à l’école le temps qu’il faut », ajoute-t-elle.

Pourtant, la réalité que vivent les jeunes filles tchadienne est toute autre. Les familles cultivent une situation qui pénalise particulièrement la jeune fille. Petite et insouciante, la jeune fille trouve du plaisir à aller à l’école. Personne n’y voit d’inconvénient. C’est d’ailleurs un bon débarras pour les parents lorsque la jeune fille ne peut pas encore assumer des tâches ménagères. L’école est pour les parents un lieu de refuge pour l’enfant lorsque la mère doit s’occuper du ménage. Mais au fur et à mesure que la fille grandit, la pression des parents se fait plus intense pour les tâches de maison que pour les études. « Il faut éviter de laisser la fille se faire mettre des idées dans la tête lorsqu’elle va à l’école. Une fille qui reste longtemps à l’école peut facilement déshonorer sa famille. C’est pour cela que nous n’encourageons pas nos filles à poursuivre leurs études », explique Mbodou, un père de famille dans la région du Guera.

Le mariage comme avenir certain de la fille

Beaucoup de parents estiment que le mariage est la meilleure assurance pour leurs filles. Par contre, un garçon a besoin de faire de grandes études pour avoir un travail et s’occuper de sa famille. Mais pas une fille puisqu’elle sera entretenue par son mari comme en témoigne un père de famille d’une cinquantaine d’années. « Pour moi, si la fille arrive à lire son nom, c’est suffisant, elle doit arrêter et se consacrer à son foyer ». Comme lui, il y a des mères qui croient que le mariage est la meilleure réussite pour leur fille. Christine, étudiante en 2e année de droit à l’université est souvent en désaccord avec son père parce qu’elle s’obstine à continuer ses études plutôt que d’épouser l’homme que lui propose son père. Pour la convaincre, sa mère lui affirme sans cesse : « Si tu te maries, tu pourras m’aider à élever tes petits frères et sœurs, tu pourras me soutenir financièrement ». Sans se décourager, Christine essaie de faire savoir à sa mère que les études lui permettront d’offrir bien plus à sa mère et qu’aujourd’hui, plus que jamais, les hommes préfèrent une femme instruite et capable de contribuer aux charges du ménage.

Toutes ces raisons font que les femmes sont minoritaires dans tous les secteurs. Non pas parce qu’elles sont incapables de continuer les études, mais parce que la société tchadienne  les décourage.

Ainsi, l’on trouve beaucoup de femmes dans les secteurs qui ne nécessitent pas de grandes études. Et au fur et à mesure que le travail devient important, le nombre de femmes diminue considérablement. Elles sont parfois quasiment absentes. Sinon, comment comprendre que les femmes qui représentent plus de 52 % de la population du Tchad n’ont  pas plus, théoriquement, qu’un quota de 30 % dans les instances de l’Etat. Je dis bien que cela est théorique parce que ce n’est qu’un discours politique, rien de plus. Le nombre des femmes dans le gouvernement en est une illustration. Dans le gouvernement comme dans les grandes institutions, les femmes se comptent du bout du doigt. Il y a à peine 3 femmes ministres titulaires. Une seule femme directrice de cabinet dans toute l’histoire du pays. Dans l’enseignement secondaire et l’éducation de base, on compte quelques femmes. Mais dans le supérieur, c’est le vide. Pas plus de 5 femmes enseignent dans le supérieur, aucune d’elle n’est inscrite sur la liste d’aptitude du Cames (Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur). Ce qui est très déplorable pour un pays qui doit miser sur l’éducation afin d’améliorer ses performances dans l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement.

Les violences sexistes contre le développement de la femme

La jeune fille tchadienne est souvent victime du mariage précoce et forcé. Elle subit des sévices de tout genre dans son foyer. Coups et blessures, insultes, injures et toutes sortes d’humiliations à cause de sa nature féminine. A cela, vient s’ajouter le refus d’envoyer un enfant à l’école parce qu’il est une fille, ce qui amène plusieurs femmes à hausser le ton : “Il est tout simplement intolérable que les filles soient laissées pour compte. L’éducation est l’un des moyens les plus puissants pour permettre aux filles pauvres d’accéder à un avenir meilleur et d’échapper au cercle vicieux de la pauvreté. Les gouvernements doivent en finir avec cette disparité choquante et garantir l’égalité d’accès à l’éducation”, a déclaré Irina Bokova, la directrice générale de l’Unesco.

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Petite fille dans une salle de classe

En effet, Unesco a souligné au début de ce mois de mars que l’écart entre les sexes dans l’éducation est tel, qu’au niveau mondial, plus de 100 millions de jeunes femmes des pays à faible revenu et à revenu moyen inférieur sont incapables de lire une simple phrase, et que la moitié des 31 millions de filles non scolarisées n’iront jamais à l’école. L’organisation onusienne a en outre affirmé que malgré quelques progrès en 2011, seuls 20% des pays à faible revenu ont réalisé la parité entre garçons et filles dans le primaire.

Des débats au féminin pour l’atteinte des OMD

Des centaines de femmes se sont réunies début mars au siège de l’ONU, dans le cadre de la 58e session de la commission de la condition de la femme. Le thème de cette rencontre  : « Les défis et les réalisations dans la mise en œuvre des objectifs du millénaire pour le développement pour les femmes et les filles » a donné le ton d’un nouvel engagement international en vue de parvenir à des résultats en faveur des femmes et des filles. Mais selon plusieurs femmes activistes de l’Afrique, les résultats sont mitigés. « Il y a des combats qui sont menés, mais les résistances persistent dans certains domaines par exemple le viol, le mariage forcé, le mariage précoce ainsi de suite », a énuméré une activiste. Une liste à laquelle on pourrait ajouter la non-scolarisation de la fille tchadienne.

Les discussions de l’évaluation de cette session s’articulèrent autour de l’accès et la participation des femmes et des filles à l’éducation, aux formations, à la science et à la technologie, y compris la promotion de l’égal accès des femmes au plein emploi et à un travail décent. Espérons que les recommandations seront prises en compte par les Etats pour améliorer la question de l’éducation des femmes et des filles.