Photograph by Mark Knobil.
Photograph by Mark Knobil.

La Semaine nationale de la femme tchadienne, organisée chaque année en prélude à la Journée internationale de femme est mal utilisée par les femme. Une semaine  qui devrait permettre aux femmes de discuter de leurs problèmes est malheureusement, transformée par beaucoup de femmes en une semaine de palabres et de conflits dans leur vie et leur couple.

« Depuis 2 jours, ma femme ne m’adresse plus la parole parce que je ne lui ai pas encore acheté le pagne du 8 mars », lance mon collègue. Un autre ajoute : « La mienne exige en plus du pagne de faire tout ce qu’elle veut au cours de cette semaine. Quel kilo ! », s’est-il exclamé. Des exemples qui se multiplient dans les ménages ces jours-ci.

Ma parole, que se passe-t-il avec les femmes tchadiennes ? Comprennent-elles au moins le sens de la journée internationale de la femme ?

Tenez, dans mon quartier, les femmes sont au four et au moulin pour que le 8 mars soit inoubliable. Elles se tressent (un budget de 10 000 frs à 15 000 frs, équivalent au repas de 5 jours dans leurs foyers, cousent les pagnes 8 mars de toutes les couleurs (une étoffe coûte 15 000 frs et la couture, 3 000 à 7 000 frs). Elles inventent les dépenses pour escroquer maris et copains afin avoir plus d’argent à dépenser dans les « paris- vente » programmés tous azimuts le 8 mars. Il y a des femmes qui réduisent le montant de la ration journalière dans l’intention de pouvoir acheter plus de la bière ce jour-là. C’est tout simplement idiot ce qui se passe depuis quelques jours, surtout à Ndjamena dans la capitale du Tchad. Les femmes haussent le ton au foyer pour signifier que c’est leur semaine et ce sont elles qui décident ! Elles font ce qu’elles veulent au non du 8 mars.

Mon Dieu ! que font les femmes tchadiennes des moments qui doivent leur permettre de réfléchir à leur vie, une semaine qui leur donne l’occasion de revoir la façon dont elles doivent s’affirmer dans la gestion de leur pays et de leur nation. Une femme, c’est la douceur, la sagesse, la patience, le discernement. Mais que sont devenues les femmes modernes ? Calculatrices attachées au bien matériel, égoïstes, et j’en passe.

J’ai honte quand une femme, au lieu de planifier cette semaine à aller dans les lieux de conférence débats et autres rencontres d’échange d’idée, celle-ci compte plutôt le nombre des billets d’invitation à aller se saouler la gueule au nom de sa liberté. Au lieu de poser des réflexion mûres, beaucoup de femmes pensent au fait que leur mari doit leur donner tout l’argent qu’elles veulent pour aller boire et danser au point d’oublier qu’elles sont des mères et ont des responsabilités.

Emancipation n’est pas libertinage

Désolée de le dire ainsi, mais mes sœurs instruites ne me donnent pas l’impression d’avoir compris ce mot. « Je suis émancipée, je fais ce que je veux », disent-elles. Elles dénaturent plus le sens du combat de la femme que celles qui ne sont pas allées à l’école. Beaucoup de femmes instruites pensent qu’elles ne doivent plus respecter leur mari. Pourtant, un couple, c’est la complémentarité et le respect mutuel. Si tu veux qu’on te respecte, commence par respecter les autres et respecte-toi aussi. Si tu veux gagner, engage le bon combat. Je me demande bien comment une femme qui veut faire ce qu’elle veut  pourrait exiger que les hommes la respectent et lui donnent une place de choix ! Le respect se mérite, l’honneur aussi. Si les femmes ne se donnent pas de la valeur, si elles ne prennent pas au sérieux ce qu’elles font, les hommes ne leur accorderont pas le respect qu’elles méritent. C’est clair. Il faut se battre pour avoir le mérite que l’on veut.

Si au lieu de revendiquer le droit de travailler pour contribuer aux charges du ménage une femme revendique le pagne du 8 mars, comment son mari la prendra-t-il au sérieux ? Il pensera qu’il suffit de donner de l’argent à cette femme et faire d’elle son esclave !

Si Angela Merkel est aujourd’hui respectée, c’est parce qu’elle s’est battue pour cela. Si Hillary Clinton est aujourd’hui connue, c’est parce qu’elle se bat pour cela. Si les gens parlent de l’historique avocate des victimes de l’ex-président tchadien Habré, c’est parce que cette dame Jacqueline Moudeina se bat chaque jour pour prouver qu’elle peut marquer l’histoire de son pays.

Etre femme émancipée, ce n’est pas un libertinage, sortir comme on veut, avec qui on veut, se marier autant qu’on veut… être une femme émancipée, c’est plus qu’un état d’esprit, c’est être une femme d’action au service de sa nation, de sa communauté.

Que les femmes tchadiennes comprennent que rien ne s’obtient facilement, elles ne doivent pas dénaturer le combat que les autres ont mené avec tant de sacrifices.