«Touche pas à mon passeport et ma carte d’identité nationale tchadienne »
Les Tchadiens sont écœurés et très remontés face à cette nouvelle décision de refaire les pièces d’identité. C’en ai de trop pour un peuple qui est maltraité, marginalisé, étouffé et privé de justice sociale. Les attaques qui ont récemment ébranlé la capitale N’Djaména, au lieu de renforcer les liens de la patrie, sont un prétexte de plus pour les hommes au pouvoir, qui veulent sucer le sang des autres Tchadiens. Les jeunes tchadiens sont tous décidés. On ne touche pas à leur passeport et ni a leur carte d’identité nationale.CIN

Les Tchadiens peinent à savoir où va l’argent du contribuable, issu des recettes policières et douanières. L’argent va dans les comptes des particuliers sans que les autorités ne réagissent. Et ceci, les Tchadiens le digèrent déjà assez mal. Et au lieu de trouver la possibilité d’améliorer la situation de la gestion du bien commun, qui est calamiteuse, l’on vient imposer aux populations de refaire leur pièce d’identité. Une mesure qui relève d’une escroquerie publique.
Des jeunes tchadiens se sont prononcés sur les réseaux sociaux afin de poser des questions et exprimer leur ras-le-bol.
« Pourquoi changer les anciennes cartes et les anciens passeports ? Quel est le rôle de la sécurité nationale? Tout ça, c’est de l’arnaque. Vous imaginez le nombre de Tchadien qui n’ont pas des cartes ajouté à ceux qui vont renouveler les leurs. Et, pendant ce temps, il y aura le contrôle routier suivi des fouilles. Imaginez la suite de ce dégât », s‘interroge Souleymane Amba. Et à Audrey Linda, artiste musicienne, de rajouter : « Sérieux! Je ne comprends rien dans cette histoire de refaire sa carte d’identité et/ou son passeport. Que sera l’objet de la modification? Les informations de l’individu (nom, prénom, date et lieu de naissance)? Sa photo? Son empreinte digitale? Que quelqu’un m’éclaircisse, pardon, car je tombe des nues moi ».
Un autre jeune analyse la situation à sa façon : « Le prix d’un passeport tchadien est de 100.000 FCFA (prix officiel + pourboire des policiers et déplacement). Supposons que 10 millions de Tchadiens doivent changer leur passeport, un simple calcul élémentaire nous donne: 100.000 FCFA x 10.000.000 Tchadiens, ce qui nous (Idriss Déby et ses parents) donne un pactole de 1000 milliards de FCFA. A chacun de trouver l’énigme de ces « 2 attentats » dans la capitale tchadienne ».

Eric Topona, journaliste, rétorque à sa façon. «Sous prétexte de lutte contre le terrorisme, le gouvernement tchadien prend des décisions impopulaires opposables à tous. Nouvelle carte d’identité nationale, nouveau passeport. On dirait que le terrorisme appelle au terrorisme d’Etat. C’est grand dommage en tout cas ! »

Mais, Marcelin Toidom, lui, ne voit là qu’une escroquerie à outrance et ne mâche pas ses mots. « Quelle est cette escroquerie que le gouvernement met en place. Profiter des malheurs qui nous ont frappés pour arnaquer la population est indigne. Les pièces d’identité, qu’ont-elles à voir avec les attentats? Et s’il faut les changer parce qu’il y a eu des attentats, les Nigérians en auraient combien? Mes pièces m’ont coûté 100 000 FCFA et dire qu’il faut encore débourser la même somme pour les changer. Que de l’arnaque! », s’écrie-t-il.

Comme pour renforcer les préoccupations des uns et des autres sur la décision, Modilé, lui, exprime son mal être et ce que vit la plus grande partie des Tchadiens. « Le Tchad, ma patrie, tu ne cesseras de m’épater. Je suis Tchadien et fier de l’être mais ce que tu viens de me faire je ne l’oublierai jamais.Refaire ma carte d’identité nationale et mon passeport parce qu’ils ne sont plus valables. Tu sais combien m’a coûté le passeport ? Je t’épargne la galère que j’ai subie pour l’avoir. Je t’épargne aussi le nombre de personnes qui sont affamées chez eux, dans des quartiers, villages et autres. Et que dire de ma carte d’identité nationale pour laquelle je me réveille tous les jours à 4h du matin sans l’avoir. Un bon matin tu me dis que ces papiers ne sont plus valables. Serais-je devenu un sans papier dans mon propre pays? Au final, que veux-tu de moi? Tu veux que je sois un hors la loi? Quelqu’un qui n’a plus foi en son propre pays? Un Boko Haram? Pardon si t’as pas pitié de moi, il faut avoir la crainte du Seigneur. »

Ses propos sont renforcés par la réflexion de Daïba qui s’offusque contre l’Etat tchadien en ces termes : «De qui se moque-t-on? Deux attentats sont perpétrés dans la ville, attribués précipitamment à Boko Haram et jusque-là nous ne connaissons pas le vrai mobile de cet acte barbare qui a endeuillé plusieurs familles. Connaissant Boko Haram et les agitations délirantes de son chef, Aboubakar Sekau, ce satané de terroriste, aurait déjà revendiqué ces attaques. Que neni! Les élections s’approchent et la biométrie avec. Une situation aussi ulcérante qu’insomniaque. La peur de perdre le scrutin fait maigrir. » Pour Daïba, cette attaque perpétrée envers des innocents n’est pas encore revendiquée par Boko Haram, ce qui signifie que le malaise pourrait venir de l’intérieur et que l’Etat a la première responsabilité de faire justice.

Il ajoute donc que : « La grande question qui me turlupine et m’empêche de penser à autre chose est que ces attentats orchestrés ne sont pas une pure et méchante mise en scène sadique. Je n’arrive pas à avaler le scénario tellement que ça a été cousu au fil blanc! Qu’on arrête de nous traiter de poltron. C’est vraiment énervant, révoltant, écœurant et méchant! Qu’on m’éclaircisse un peu » s’exclame Daïba.