une rue de la ville de Doba. (ph Beg)
une rue de la ville de Doba. (ph Beg)

Malgré quelques constructions et aménagement faits grâce au 5% des revenus pétroliers, Doba peine à s’urbaniser. Pour les populations de cette ville, la commune ne fait rien pour urbaniser la ville. Le premier Magistrat de cette ville estime pour sa part que, c’est le refus de prendre conscience des ressortissants de cette région qui fait dormir sa ville dans une torpeur.

Le processus de décentralisation enclenché au Tchad depuis plus de 3 ans peine à encrer dans les esprits et les faits. Mauvaise compréhension, refus d’appliquer les textes, chacun trouve une raison pour expliquer la lenteur avec laquelle ce processus s’installe. Pour les populations, ils sont dans le noir et estime qu’il n’ ya pas eu un travail de sensibilisation préalable. Le Maire de la ville de Doba, Lamlegart Ngarsbey, explique : « Le processus est en cours mais il est mal compris puisque les lois ne sont pas mises en application parce qu’il n’a pas eu de décret  d’application. Pour exemple, Les lois 11 et 12 prévoient  que l’Etat verse une partie des ressources après que le conseil municipal ait voté le budget de la commune. Malheureusement, dans la réalité, les choses sont beaucoup plus compliquées. Les patentes ne sont rarement reversées à la commune et l’Etat ne verse pas sa part du budget pour le fonctionnement de la commune. Malgré cela, les services de contrôle de l’Etat n’hésitent pas à venir fouiner chez nous ».

En effet, la non application des textes n’est pas le seul frein à la bonne marche de la décentralisation dans la sonne productrice du pétrole, il y a aussi la mauvaise compréhension de l’adversité politique qui pose problème dans cette région. Selon le Maire, les membres des partis politiques se comportent comme des ennemis, oubliant qu’ils ont pour priorité l’intérêt des populations. « C’est la guéguerre entre les partis politiques à Doba. Au lieu que les hommes politiques voient l’intérêt des populations, ils s’acharnent les uns sur les autres, empêchant ainsi toute avancée positive. Ce qui est très triste lorsque l’on sait que des ressortissants très hauts placés désapprouvent des projets de développement dans leurs régions. Plusieurs projets soumis à l’appréciation de certains leaders proches du Présidents ont été rejetés par les propres fils du terroir et cela relève d’une mauvaise foi », affirme Lamlengar. Une affirmation que moult cadres ressortissants de Doba confirment. « Comment comprendre que Doba, capitale de la région productrice du pétrole soit un gros village alors que ses ressortissants remplissent le palais rose chaque jour et que certains ont été promu à des plus hautes responsabilités ? », déclare Ngartori, enseignant au lycée de Doba. Pour lui, les ressortissants de Doba font tout pour ne pas que leur ville se développe. « Nous avons revendiqué les 5% des revenus du pétrole. Et Après 10 ans, nous sommes loin d’une avancée, je crois que c’est une honte pour nous de dire que l’Or noir part de chez nous », vocifère-t-il.

Trois questions au maire de la ville de Dobamaire doba

Quelles sont les priorités de votre mandat ainsi que les réalisations qui portent l’empreinte de votre équipe ?

A Doba, tout est prioritaire. Toutefois, lors d’une petite enquête que nous avions menée, les populations aspirent immédiatement à l’ouverture des routes, aux lotissements des terrains, à l’accès à l’eau potable et à l’éclairage publique. Après constat des urgences et priorités, nous nous sommes mis donc au travail et avons travaillé comme nous avons pu, et avec les moyens de bord pour offrir 10 forages dans 10 quartiers différents, avons restructuré des rues dans 6 quartiers  et avons ouvert 4km de nouvelles rues. Les populations ce sont aussi plaints par rapport à l’aire d’abattage des animaux. Nous avons construit et élargie à cet effet un abattoir qui a coûté 38 millions à la commune.

Quels sont les défis majeurs auxquels la commune de Doba fait face ?

Les défis sont nombreux. De la prise de conscience des populations à l’instauration d’un climat politique apaisant, il y a un chapelet des défis à relever. Nous sommes confrontés à une situation de ressources humaines non qualifiées. Nous avons donc pris l’initiative de renouveler les ressources humaines avec du personnel qualifié et formé à bien accomplir le travail attendu. Les failles antérieures découlent aussi une fraude qui sévissait au sein des équipes de la mairie. Nous avons mis la main sur des agents de la mairie en complicité avec des collecteurs qui entretenaient une malversation pour retourner les recettes de la mairie à leur profit. Nous venons de démanteler le réseau et les avons confiés à la gendarmerie.

Pour ce qui est de la prise de conscience, je n’ai pas un remède miracle à cela. Même les frères de sang se combattent. Ce sont, l’ingratitude, la traitrise et la méchanceté qui prévalent au sein des communautés à Doba. Nous comptons sur la parole de Dieu pour ramener les enfants de cette localité à prendre conscience de la nécessité de se développer. Car, ce qui se passe ne peut-être maitrisée par une autorité quelconque. Il faut une intervention Divine pour changer les cœurs des hommes.

Votre mot de fin…

Je demande à tous ceux qui sont originaires de Doba de comprendre que le développement d’une ville ne dépend pas seulement du Maire ni de la commune. Il faut que tout le monde y participe. On ne réussira jamais à faire de Doba une ville moderne si les populations n’aident pas la commune à mieux faire. Si les ressortissants de Doba ne veulent pas prendre conscience de leur devenir, personne ne viendra travailler à leur place pour leur développement. Doba est en ce moment un gros village. Mais si tous les natifs de  Cette localité s’unissent, elle peut devenir une grande ville.

Né à Nankessé à 10 km de Doba dans une famille de chefferie, Lamlengar est un inspecteur de trésor de formation. Il a travaillé dans plusieurs institutions de l’Etat, puis à l’assemblée National avant  d’être élu à la tête de la commune de Doba.