Le Leadership féminin en Afrique, parlons en!

A l’occasion du mois de la femme, il est important de faire un point sur le leadership féminin. Si dans certains pays, les femmes s’affirment et sont encouragées, dans d’autres pays, les pesanteurs sociales les empêchent d’atteindre des postes de leaders. Voici le point de vue de deux blogueuses de l’Afrique Centrale (Tchad , RDC) pour montrer le problème et un exemple d’engagement féminin.

Leadership féminin : encore du chemin à faire au Tchad

Pesanteurs sociales, mentalités rétrogrades, insuffisances des textes juridiques, complexe d’inferiorité, tels sont les différents maux qui entravent le leadership des femmes dans les sociétés africaines, plus particulièrement au Tchad. La célébration de la journée internationale pour le droit des femmes, le 8 mars, donne une occasion de réflexion sur les difficultés des femmes à exprimer leur leadership.

A l’occasion du mois de la femme, le débat s’ouvre à nouveau à propos du leadership des femmes dans nos sociétés. Un débat qui s’articule autour de la place de la femme dans les hautes fonctions et son impact dans son milieu de vie.

En 1945 les Organisations intergouvernementales de femmes et les mouvements féministes de l’époque ont obtenu que la notion d’égalité des droits des hommes et des femmes soient inscrite en toutes lettres dans les lois, afin que le droit des femmes ne disparaisse pas derrière celui des hommes.

cette femme symbolise le leadership affirmé des femmes Tchadiennes.
Jacqueline Moudeina, leader et avocate des victimes de l’ancien régime du Tchad. (ph.HRW)

En citant nommément la notion d’égalité homme-femme, les Nations Unies ont contribué à inscrire ce principe dans le droit international. Ainsi, le principe d’égalité entre les sexes est clairement défini dans la déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, dans ses articles 1 et 2 « Article 1 : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits (…) Article 2 : Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, (…) ».

Malheureusement, les réalités que vivent les femmes ne correspondent pas aux textes et autres dispositions prises pour leurs droits. Les femmes sont souvent contestées lorsqu’elles sont appelées à diriger dans un cadre professionnel, associatif ou politique.

En effet, il est difficile pour une grande partie de la société tchadienne d’accepter le fait qu’une femme soit à un niveau élevé de management. Aussi, lorsqu’une femme est manager dans une organisation, elle est souvent sujette à un mépris de la part de ses collègues hommes qui n’hésitent pas à la traiter de « femmes seulement ». Une expression qui en dit long sur mépris de la femme et la sous-estimation de ses capacités. L’on préfère toujours voir les femmes au foyer, pour s’occuper des tâches domestiques.

femme de ménage dans un centre de santé, Fatimé n'aspire qu'à cette position
Les femmes n’accèdent pas souvent à des grands postes à causes des poids de la tradition. (ph. Brya)

Femme Manager sujette au mépris et harcèlement

Etre femme leader dans la société Tchadienne est un parcours de combattant. Femme leader et épouse, c’est un double combat que les femmes doivent mener pour pouvoir allier profession et vie de famille.

En effet, la plupart des hommes tchadiens conçoivent difficilement la possibilité d’être dirigés par une femme. Quel que soit son niveau de formation, ses collègues la considèrent toujours comme inférieure, et donc pas apte à les diriger. « Je suis obligée d’être vraiment rigoureuse avec mes collègues, de les recadrer, parce que beaucoup d’entre eux prennent plaisir à me contredire simplement parce que je suis une femme », explique Menodji. Pourtant, elle est cadre supérieure dans une organisation internationale au Tchad. Elle ajoute que certains collègues n’hésitent pas à lui faire comprendre qu’elle est à ce niveau  de responsabilité juste parce qu’elle est une femme, et pas grâce à ses compétences. Pourtant, la promotion des femmes dont il est question depuis une décennie a pour objectif de promouvoir, à compétence égale, cette partie de la population longtemps lésée en matière d’emploi. « Penser que je suis à un poste de responsabilité juste parce que je suis une femme est une insulte. Surtout qu’être une femme ne suffit pas pour manager. Il faut avoir les capacités techniques et morales de travailler » poursuit Ménodji.

Le leadership féminin et pesanteurs sociaux

Les femmes tchadiennes qui arrivent à se démarquer professionnellement pour accéder à des postes supérieurs subissent aujourd’hui beaucoup de pressions. Leurs supérieurs hiérarchiques et même leurs familles ne les aident pas, en particulier celle de l’époux, lorsque ce dernier s’accroche aux logiques traditionnelles. Car ces logiques voudraient que la femme ne puisse pas avoir une situation sociale au-dessus de l’homme.

beaucoup de femmes préfères des postes subalternes afin de ne passer se compliquer la vie comme leader
des élèves infirmières au Tchad (Ph.Brya)

C’est d’ailleurs cette façon de penser qui fait que beaucoup de femmes n’aspirent pas à des études supérieures. Après le baccalauréat, beaucoup préfèrent passer des concours pour devenir enseignante, infirmière ou secrétaire plutôt que d’aller faire des études universitaires pour avoir des positions plus élevées.

La minorité de celles qui se démarquent et poursuivent des hautes études, est obligée de fournir deux fois plus d’efforts pour se faire accepter et respecter au niveau du travail et dans la société. Ce qui remet en question les efforts universels d’égalité de droit et la reconnaissance des capacités des femmes à diriger.

Des Exemples de leadership féminin en Afrique

Si, au Tchad, le leadership féminin à du chemin à faire, dans les autres pays d’Afrique, des femmes se sont démarquées pour donner le ton. C’est le cas de :

  • Catherine Samba-Panza, femme politique, qui a dirigé la présidence centrafricaine pendant la transition de janvier 2014 à mars 2016,
  • Ameenah Gurib Fakim, première femme élue à la présidence de l’archipel de Mascareignes, de l’Île Maurice, en poste depuis 2015.
  • Wangari Maathai (1940-2011), professeure et militante écologiste kenyane qui encourageait les populations, et en particulier les femmes, à planter des arbres pour lutter contre la dégradation de l’environnement.
  • Ellen Johnson Sirleaf Première cheffe d’État africaine, et première femme à recevoir le prix Mo Ibrahim pour le leadership.

Ces femmes ont su marquer l’Afrique par leur pouvoir. Elles sont aussi source d’inspiration pour les jeunes africaines, surtout celles dotées de potentiel et d’ambition pour diriger. Elles ont levé l’équivoque sur la capacité des femmes à concilier vie professionnelle épanouie et vie de famille. Leurs exemples devraient permettre plus de confiance dans le leadership féminin.

Au Tchad, beaucoup de femmes peuvent aussi inspirer et aider à poser les bases d’un leadership féminin fort. Malheureusement, les entraves aux droits des femmes sont encore très forts et étouffent les efforts fournis jusque là. Le projet de code des personnes et de la Famille qui dort dans les tiroirs en est une belle illustration. Pourtant, ce code donnerait un coup de pouce au leadership féminin.

Un Exemple de Leadership féminin en RDC

KUNTONDA YENGO PAOLA, Assistante parlementaire – Une jeune politique modèle en RDC

Issue d’une fratrie de 7, KUNTONDA YENGO PAOLA est passionnée par la politique, qui est pour elle un sacerdoce. C’est une vocation dont les idées fortes sont la vision, le sacrifice et l’action. Elle est Secrétaire générale d’une organisation citoyenne, conférencière et consultante en genre et paix. Nantie d’un master 2 en Télécommunications, cette congolaise de 27 ans a un parcours hors pair.

Yengo Paola, assistante parlementaire et femme engagée en politique sociale
Paola, la jeune leader politique. (ph. Faida)

Quand on l’interroge sur ses ambitions, la politique passe au premier plan. Paola affirme que la politique est un métier noble. D’autant plus que la base de toute action politique est l’intérêt général, des générations présentes et futures. Un point de vue qui laisse apercevoir un leadership en elle.

Carrière politique oui mais dans quel contexte ?

La future représentante du peuple congolais répond avec un ton optimiste. Il est certain que l’environnement politique congolais est brumeux et trouble depuis plusieurs décennies, mais les signaux sont rassurants. Toutes les nations prospères du monde ont connu une histoire tumultueuse. Mais elles les ont endurées et se sont affranchies des chaines du désespoir.

« Ce que mon pays vit est une douleur d’enfantement et la jeunesse doit prendre la relève en toute responsabilité. Il est temps d’écrire une nouvelle page d’histoire. Remplacer la hache de guerre par la houe qui travaille la terre et nourrit l’Afrique entière au grand bonheur des citoyens. Il ne suffit pas de dénoncer l’absence de gouvernance, encore faut-il trouver des idées et projets de société innovants comme alternatives », déclare-t-elle.

C’est ainsi qu’en sa qualité de secrétaire générale de l’organisation Congrès International Congolais, depuis 2016 elle copilote le projet citoyen de préparation d’une nouvelle génération des cadres patriotes et pratiquant la bonne gouvernance. La première phase de mise en œuvre du projet est orientée vers les jeunes femmes, pour susciter chez elles plus de vocations politiques et assurer l’équilibre genre dans les institutions publiques du pays au vue de la forte disparité les décennies passées.

À la question de savoir ce qu’elle ferait si elle était élue présidente de la République, voici les priorités de notre assistante parlementaire.

  • Reformer totalement le secteur éducatif congolais et encourager les jeunes à créer leurs propres entreprises
  • Renforcer le secteur de la santé
  • Rentabiliser le secteur de l’énergie, de l’hydrocarbure et des mines en relançant les activités dans ces secteurs
  • Miser sur le secteur de l’agriculture, pêche et de l’élevage tout en créant des voies d’accès pour désengorger les zones rurales
  • Promouvoir la culture congolaise et organiser le secteur touristique congolais

Comme beaucoup de jeunes femmes leaders, la jeune congolaise est inspirée par  les femmes politiques qui ont une énergie incroyable dans l’affirmation de leur capacités d’action ainsi que des femmes chefs – ELLEN SIRLEAF JOHNSON: LIBERIA – KOLINDA GRABAR-KITAROVIC : CROATIE – MARIE LOUISE COLEIRO PRECA: MALTE

Chantal Faida

http://chantalfaida.mondoblog.org/