Ce billet est un hommage à la femme battante !

En ce jour de commémoration internationale des droits des femmes, je voudrais rendre un hommage mérité à toutes les femmes qui sont pleinement actives dans leur pays, dans leur société, dans leur famille, et d’une façon plus générale, pleinement active et engagée pour l’humanité. « Si je devais changer le monde je le ferai en mettant l’accent sur l’éducation en général et celle de la junte féminine en particulier. L’éducation reste l’arme la plus puissante et la plus efficace pour l’apprentissage et pour la transmission des valeurs humaines et républicaines » cette parole, c’est celle d’une jeune Tchadienne, Nako Mamadjibeye. Je souhaite lui donner la parole parce que j’admire ses combats de chaque jour et surtout sa détermination à vouloir faire changer les choses dans son pays, le Tchad. A travers Nako Mamadjibeye, je veux rendre hommage à la jeune fille consciente et dévouée de chaque pays. Mais je veux aussi rappeler aux autres femmes que ce n’est pas l’âge qui compte dans le combat pour la liberté et la justice. Il faut de la volonté et du courage pour que ça marche.

Nako Mamadjibeye est une jeune fille de 21 ans, elle est intelligente et combative. Sa volonté et son courage lui donne l’avantage d’accéder à la maturité et à la responsabilité plus tôt que les autres filles du même âge. Elle est engagée et son action la fait grandir. Elève inspectrice des Impôts à l’école Nationale d’Administration et de Magistrature du Cameroun, étudiante en 4ème année de Sciences politiques à l’Université de Yaoundé, Mamadjibey Nako se lance très vite dans l’activisme et le leadership car elle estime que l’émancipation doit se vivre au quotidien. Selon elle, l’émancipation de la femme africaine, et plus particulièrement de la femme tchadienne, est une question de tous les jours.

Nako
La jeune icone de l’activisme au féminin du Tchad affirme qu’il ne sert à rien de voter des lois et de ratifier des traités s’ils ne sont pas appliqués. Elle a jeté un coup d’oeil sur la composition du gouvernement et des grandes institutions de la république du Tchad et s’est vite rendue compte de la sous représentativité des femmes, « jusque maintenant, aucune femme n’a dirigé le gouvernement au Tchad « .Quand est-ce que le Tchad verra plus de femmes engagées dans la politique, à des postes de décision ? Les femmes politiques pourraient représenter toutes les femmes du pays, elles pourraient écrire des lois qui les concerne, les faire voter et veiller à leur application… Mais aujourd’hui nous n’en sommes pas encore là !

Cette constatation interpelle d’abord les femmes elles mêmes. Nous les femmes, nous devons nous faire entendre et nous imposer. Nous devons réclamer le respect de nos droits. Nous devons participer aux vrais débats plutôt que de nous comporter en victime en s’attardant sur les pagnes et le traditionnel défilé de la semaine nationale de la femme tchadienne (Senafet) ! Nous avons de grands défis, le plus important, car il est à la base de toute émancipation, c’est de poursuivre nos études. C’est en poursuivant des études supérieures, à l’université, que nous serons armées pour faire face aux politiques. Autre combat essentiel, accéder à l’indépendance économique ! Des combats à mener, nous n’en manquons pas… Malheureusement, au lieu de mettre leur énergie dans de vrais débats, les femmes tchadiennes s’attachent au folklore de la Journée des droits des femmes… Cette analyse à laquelle je crois, c’est celle de beaucoup de femmes actives énergiques dont fait partie Mamadjibey Nako.

Notre jeune activiste pose de vraies questions, par exemple : combien de femmes tchadiennes sont des professeures d’université ? Ou encore, combien d’entre elles sont financièrement autonomes ? Mais aussi, combien de filles qui ont subi un viol ont le courage de dénoncer leurs bourreaux  ? Reçoivent elles des informations de la part de l’Etat pour savoir quelles démarches faire auprès des services de sécurité et de justice ? Toujours en cas de viol : sont-elles écoutées et reçoivent elles justice ? Pour Mlle Nako, le secret de la réussite pour faire avancer les choses réside dans l’effort et la ténacité. C’est grâce à cela et à la promotion de l’excellence (par le travail bien fait) que les femmes auront les moyens de se faire entendre, en dépit de toutes les difficultés. Elles gagneront en pouvoir.

Avide de connaissance, Mamadjibey Nako exprime sa déception de constater qu’il n’y a toujours pas de bibliothèques municipales au Tchad. Pour elle ce n’est pas une fatalité, c’est simplement un manque de volonté politique dans le domaine de l’éducation et de la formation professionnelle. Tout le monde sait qu’on agit plus aisément et de façon plus efficace quand on est bien informé et quand on sait bien s’exprimer. Or cela passe par l’accès à la lecture, l’accès aux livres et aux documents divers. Si la population en général et les femmes en particulier avaient librement accès aux bibliothèques cela pourrait changer leur quotidien !

Autre déception pour Mamadjibey Nako : la présence massive d’étudiants tchadiens à l’étranger. Les jeunes quittent le pays, souvent ils partent à cause du chômage qui les attend au Tchad. C’est malheureux mais elle espère vraiment que les jeunes femmes diplômées auront pour ambition d’agir au Tchad pour faire bouger les lignes.
Elle espère vivre un jour dans un Tchad plus juste, plus égalitaire, sans machisme et sans impunité ; un Tchad prospère avec une jeunesse éduquée. Un espoir qui pourra devenir réalité grâce à l’effort et à la ténacité de toutes celles et tous ceux qui le veulent !  « J’espère bien vivre dans un Tchad où l’éthique et la déontologie ainsi que la bonne foi accompagnera chacun de nous ».
Un voeu irréalisable ? Femmes tchadiennes : rendez-vous pour faire le bilan dans quelques années ! Oui au courage, oui à l’éducation, oui à l’autonomie !